Dissertation corrigée · Discours de la servitude volontaire

Dissertation corrigée : la liberté est-elle un état naturel ou une conquête ?

La BoétieParcours : « Défendre » et « entretenir » la libertéMis à jour le 2 juillet 2026
Sujet

La liberté est-elle, selon La Boétie, un état naturel ou une conquête ?

Introduction

Pourquoi les peuples obéissent-ils, alors qu'ils sont les plus nombreux ? En posant cette question au XVIe siècle dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie renverse le problème du pouvoir : ce n'est pas le tyran qui asservit, ce sont les hommes qui consentent à servir. Reste à savoir ce qu'il en est de la liberté que cette servitude fait perdre. La liberté est-elle, selon La Boétie, un état naturel dont nous jouissons d'emblée, ou une conquête qu'il faut arracher ? Nous montrerons d'abord que la liberté est présentée comme naturelle, puis qu'elle se perd par l'accoutumance, avant de conclure qu'elle est un bien naturel qu'il faut sans cesse défendre et entretenir.

I. Une liberté naturelle

La Boétie affirme que les hommes naissent libres et égaux : la nature nous a tous faits « compagnons », et la liberté est notre condition première. La servitude, dès lors, n'est pas un état naturel mais une anomalie, quelque chose de contraire à ce que nous sommes.

Cette thèse a une conséquence forte : si la liberté est naturelle, alors nul n'a besoin de la conquérir, il suffirait de ne plus la trahir. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » : cesser d'obéir suffirait à retrouver un bien qui n'a jamais cessé de nous appartenir en droit.

II. Une liberté perdue par l'accoutumance

Pourtant, les faits contredisent ce droit : partout, les hommes servent. La Boétie l'explique par l'accoutumance. On naît dans la servitude, on s'y habitue, et l'habitude finit par faire oublier la liberté première. Le tyran entretient cet oubli par le divertissement et par la chaîne d'intérêts qui lie à lui ceux qui profitent de son pouvoir.

Dès lors, la liberté n'est plus un simple donné : elle est recouverte, ensevelie sous la coutume. La retrouver suppose un effort — celui de la prise de conscience et du refus. En ce sens, elle doit bien être reconquise contre la seconde nature qu'est devenue l'habitude de servir.

III. Un bien naturel à défendre et à entretenir

Faut-il alors trancher entre nature et conquête ? Le texte invite à dépasser cette opposition. La liberté est un bien naturel, mais fragile : toujours menacée par l'habitude, elle exige une vigilance constante. Elle n'est ni un acquis définitif, ni une pure création, mais un héritage qu'il faut activement préserver.

C'est tout le sens du parcours « défendre et entretenir la liberté » : la liberté se perd si on la laisse s'endormir, et se maintient si on la cultive. La conquête dont parle La Boétie n'est donc pas une prise de force, mais une reconquête intérieure, sans cesse à recommencer.

Conclusion

Pour La Boétie, la liberté est donc à la fois naturelle et à reconquérir : naturelle par droit, mais perdue par l'accoutumance, elle appelle une vigilance qui la défend et l'entretient. Le Discours n'est pas seulement une analyse de la servitude, c'est un appel : il rappelle que rester libre est un choix toujours renouvelé. Cette idée traversera les siècles, jusqu'aux réflexions modernes sur la désobéissance civile.

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